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Québec, QC, Canada
Personnal Best (PB's) ; 5000m--14:57--Boston (2011) ; 5k--15:01--Québec (2013) ; 10k--30:41--Vancouver (2013) ; 15k--47:56--Chicoutimi (2013) ; Demi--68:33--Montréal (2010) ; Marathon--2:23:21--Philadelphia (2012)

dimanche 26 avril 2015

BOSTON – Rapport de course

Ma mère m’a suggéré un mot poétique qui pourrait le mieux décrire mon expérience au marathon de Boston…REVI (dans le sens de ressusciter, reprendre vie). Ou encore en anglais, cela pourrait se traduire par l'expression COME BACK from the dead! Alors, laissez-moi vous expliquer avec mon récit, de l’intérieur, comment j'ai vécu ma course et sait-on jamais, vous en retirerez peut-être quelque chose d'utile...(pour ceux qui ne veulent pas trop de détails, vous pouvez aller directement à la conclusion au dernier paragraphe!).

Boston, c’est gros. L’organisation, le prestige (119e édition et unique marathon avec un temps de qualification requis), le nombre (coureurs évidemment, plus de 30000, mais aussi, bénévoles, policiers, supporteurs). J’avais des papillons qui me chatouillaient comme je n’en avais pas à l’habitude. Je sentais la fébrilité. Et l’excitation aussi. De courir, de performer. J’étais reçu à titre d’athlètes élites invités dans un accueil des plus professionnel et avec une attention aux détails comme je n’avais jamais expérimenté auparavant. Une petite anecdote pour vous illustrer ceci, les tables spéciales prévues pour les fluides sur le parcours avec un niveau de détails jamais vue ...40 athlètes avaient été sélectionnés pour avoir le privilège de placer leur propre bouteille à des tables placées rigoureusement à chaque 5km. Chaque station contenait 10 tables habillées élégamment de la couleur bleue du marathon. Notre nom associé à un numéro de table, toujours la même, et notre bouteille déposée toujours au même endroit sur la table.


Boston, c’est gros. Le décorum (le protocole, les règlements et la logistique entourant la course nous ont été précisés la veille lors de la rencontre technique prévue par l’organisation à cet effet). Le niveau de compétition (les élites bien sûr, soit une quinzaine de prétendant à la victoire parmi les meilleurs au monde qui ont été rigoureusement sélectionnés par l’organisation, une vingtaine de sub-élites et une dizaine de Masters, mais aussi les autres coureurs qualifiés—un ami me disait que c’est environ 10% des coureurs qui réussissent à obtenir leur passeport pour Boston). L’attente (une logistique complexifiée par un départ dans une petite communauté à 40 km de Boston). Sans oublier les attentes (celles personnelles surtout…de bien réussir, de performer, de pouvoir donner le meilleur de soi-même). Les miennes en terme clair, un podium chez les Masters. J’ai donc abordé cette course comme un championnat où le chrono devenait secondaire laissant la position devenir la préoccupation.

Derrière la chaîne humaine orange à attacher mes souliers quelques minutes avant le départ
La ligne de départ du petit village d'Hopkington
Le peloton de tête avec Meb en flou à l'avant
Les conditions météo n'étaient vraiment pas favorables avec un fort vent de face et de la pluie au menu. Ce vent conditionnera le plan de match où courir en peloton devenait une nécessité. Mes parents m’accompagnent pour le voyage et viennent me porter au départ en ayant la chance de constater encore une fois que Boston c’est gros. Et que de sécurité policière et militaire impliqué. Je me sens bien le matin de la course. Le départ est lancé, un peu sur-réel de me retrouver aux premières lignes avec à ma gauche l'excellent éthiopien Chebet, et les premiers km passent vite et bien, très bien même. Je me retrouve à l’arrière d’un peloton d’environ 10 coureurs en ayant à vue trois Masters plus loin devant. Le premier 10km de la course est plutôt descendant/rapide et est fait en 32:20.

Après avoir pris ma première bouteille, je me suis senti soudainement bizarre, un peu étourdi et les jambes ne tournaient plus comme il y à peine 5 minutes! J’ai souvent des problèmes digestifs en course et ça se passait étrange à l’intérieur. Rapidement, je me rends à l’évidence, je constate que l’effort est trop grand à ce stade très tôt dans la course et je dois lâcher le peloton. Ho man, je me retrouve dans le trouble. Mais tellement dans le trouble, tout seul à lutter contre le vent, que j’ai à l’esprit que ma course est finie, qu’elle s’en va à la poubelle! Non pas que je ne pense pas terminer celle-ci, mais plutôt que je vais dégringoler et agoniser lentement pendant les 30 derniers et longs km. Quoi vous dites. Que je suis solidement entraîner. Oui, mais c’était assez pénible à ce point que tout venait de basculer. Je me calme, me fie sur mon expérience, me parle, pense au moment présent, à mon moment. Je pense à ma blonde qui me supporte dans ce que je fais. À mes enfants. Je pense à mon coach qui m’a déjà dit que j’étais un coureur qui pouvais plier, mais sans jamais casser. Je pense que ça va passer, que ça va aller. Mais, j’ai toujours du mal au 15e km, toujours en solitaire sans avoir vu un seul coureur. Ma seconde bouteille passe un peu mieux. Mon rythme dérive lentement (de 3:15/k au cours des 10 premiers, je roule maintenant à près de 3:30/k, un énorme fossé) avec l’espoir d’être repris par un petit groupe venant de l’arrière. Je suis finalement rejoint vers le 17e km par 4 coureurs dont deux Masters (le #1 et le #3 à Boston l’an dernier). À partir de ce moment, je vais faire la course la plus intense et stratégique de ma vie. Je n’ai pas le choix si je veux sauver ma course, je dois embarquer dans le train et m’accrocher. Je ne pense pas aux côtes à venir, ni à mon temps (je n’ai d’ailleurs pas jeté un seul coup d’œil à ma montre pendant la course). Juste à m’accrocher au gars devant moi. Ma 3e bouteille passe mieux au 20e km et sans avoir de super feeling, je passe le demi en 1:10.46 en allant chercher le plus d’énergie possible des cris ahurissants des filles du Wellesley College. Et j’embarque totalement dans le jeu en leur donnant plusieurs « High Five ». Je suis encore avec le même groupe de 4 coureurs au 25e km et s’amorce bientôt quelques montées dont les Newton Hills. Les jambes sont fortes et je m’aperçois que je grimpe assez bien (je conserve ma vitesse autour de 3:30/k dans les côtes). En fait, je ne me souviens plus d’avoir monté la fameuse HeartBreak Hill tellement j’étais dans ma zone. Mes souvenirs de courses sont plutôt flous d’ailleurs. Souvent trop concentré à l’effort, à ne pas vouloir céder un pouce.

L’énergie est définitivement revenue, les km défilent assez rapidement et je ne pense plus seulement à m’accrocher, mais bien à compétitionner. Autour du 35e km, quelques coureurs arrivent de l’arrière, venant déranger la quiétude établie dans notre peloton. Il faut toujours être à l’affût de nos sensations en course, se décider vite et réagir quand c’est le temps. Je décide alors d’y aller et d’accélérer. Comment vont alors réagir les 2 autres Masters qui m’avaient rejoint quand j’étais en difficulté quelques 20 km auparavant? Ils ne peuvent répondre. Je cours bien et solide avec mes nouveaux partenaires pendant quelques km dans les 3:20/k et je constate que nous gagnons du terrain sur le 2e Master devant. Je jette mes gants sur le côté et « Game On ». Avec environ 3 km à faire, il faut que j’attaque maintenant si je veux avoir une chance. Je pousse fort. Distance immédiatement les autres. Je presse encore plus. Avec un mille à faire, je réussi à me placer derrière lui. Le temps de reprendre mon souffle pendant quelques secondes, je me détache et finis fort en 2h24 (le premier Master intouchable en cette journée en 2h18), un chrono qui me permet de décrocher le 28e rang au classement général !!! Je pense que ces derniers 7km sont les plus solides que j’ai courus dans un marathon. Et cette course, dans les conditions, est définitivement parmi mes meilleures à vie.

Merci à ceux qui m’ont supporté en cours de route. Particulièrement à ma blonde JULIE qui est de rock à mes côtés!


4 commentaires:

  1. Félicitations Christian! Super hot et plus chaud qu'aux pichous.

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    1. Merci. Je ne sais pas comment c'était aux pichous cette année, mais j'ai trouvé la température correcte le jour de la course à Boston. C'était le vent qui était affreux.

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  2. J'espère que tu vas encadrer ton dossard ! Bravo pour le courage et la détermination !

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    1. Merci. En tout cas, je vais surement lui faire une place sur un mur de ma salle d'exercice!

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